Rénovation d'un couvent du XIIIe dans le Gers
- Surface : 300 m²
- Objectif : Inverser l'orientation de la maison pour l'ouvrir sur le jardin, adapter la bâtisse au confort moderne
- Matériaux : Pierre calcaire, pierre d'Égypte, béton ciré, enduit à l'argile, peinture à la chaux
Inverser l'organisation de la maison
Le premier enjeu du projet était fonctionnel : la maison tournait le dos à son jardin. L'entrée principale se faisait par la façade sur rue, côté sud-est, desservant un petit salon et une grande cuisine.
L'architecte d'intérieur a pris le parti radical d'inverser totalement l'organisation de la maison. Les deux espaces côté rue ont été fusionnés en un vaste salon avec cheminée. Un bureau avec salle de bains, doté d'une entrée indépendante sur le jardinet, a également été aménagé — pouvant à terme évoluer en studio autonome.
L'entrée se fait désormais côté nord-ouest, là où se trouvaient la chaufferie et un ancien atelier de conserverie. Entièrement reconstruit, cet espace accueille la cuisine et la salle à manger. Une ouverture a été créée dans un mur porteur entre la cuisine et le salon afin de fluidifier les circulations et d'orienter la maison vers le jardin.
Une baie vitrée pour un effet dedans-dehors
Pièce centrale du nouvel aménagement, une baie vitrée à cinq vantaux en accordéon (Technal) efface la frontière entre intérieur et extérieur. En position totalement ouverte, elle prolonge la cuisine jusqu'à la terrasse.
La continuité de la baie vitrée est assurée par le sol en pierre d'Égypte, identique à l'intérieur comme à l'extérieur. Au-dessus, une imposte renforce la générosité lumineuse de l'espace. La palette chromatique (façades de cuisine coloris terracotta de Bocklip) ancre cet espace dans une atmosphère chaleureuse, loin de tout minimalisme blanc.
Révéler le bâti d'origine
Le chantier de gros œuvre a réservé de belles surprises. En démolissant les cloisons séparant la partie médiévale du reste de la bâtisse, d'imposantes arches ont été mises au jour, évoquant directement un cloître.
Les poutres ont été sablées pour retrouver leur aspect d'origine. À l'étage, le décapage des murs a révélé des parements en pierre à rejointoyer, ainsi que des sections en torchis et à colombages, qui ont été rénovées dans les règles de l'art.
Les planchers bruts du palier et des chambres ont été poncés et vernis afin de conserver l'authenticité de ces revêtements de sol.
Au rez-de-chaussée, un béton ciré coloris Cactus unifie l'ensemble des espaces.
Dans l'entrée, le parti pris d'un plafond tendu noir mat (Barrisol) crée un contraste saisissant qui met en valeur le majestueux escalier en pierre de taille et les murs apparents.
Équilibrer contemporain et patrimoine
L'architecte d'intérieur a construit une palette chromatique affirmée en sélectionnant des teintes ancrées : vert céladon pour les portes (« Pale Celadon Green » de Ressource), vert anglais pour la chambre d'amis (« Breakfast Room Green », Farrow & Ball), marron argile pour le palier (Argilus). Le papier peint « Porcelaine de Chine Chocolate » de Designers Guild vient habiller la chambre d'amis aux côtés de malles et d'objets chinés.
Le mobilier tisse un dialogue entre design de référence et pièces plus intimes : les fauteuils Jean Prouvé côtoient la chauffeuse « Togo » de Ligne Roset et le canapé « Symbole » de Roche Bobois. On trouve également des pièces chinées et des œuvres d'art qui personnalisent l'ensemble.
Pour relier les espaces, une bibliothèque sur mesure, inspirée des formes géométriques du fauteuil « Red and Blue » de Rietveld et des jeux Kapla, encadre une porte du sol au plafond, transformant un simple passage en composition murale.
Prolonger la maison vers l'extérieur
Le jardin a été pensé comme une pièce à part entière. Une piscine en coque australienne (Aqua Pensez-vous ?) y a été intégrée, entourée d'un mobilier extérieur soigné. On y trouve des fauteuils « Snooze » (Emu), des coussins de sol ainsi qu'un voile d'ombrage (Komilfo).
Dans le jardinet latéral, la voûte d'ogive de l'ancienne chapelle reste visible, rappelant discrètement l'histoire pluriséculaire du lieu.
Photos : Pictura / Noémie Lachaume
